Vous vous réveillez un matin avec un message de votre employeur vous demandant de ne pas venir travailler. Cette situation inattendue peut être source de stress et d’interrogations. Quels sont vos droits ? Comment réagir face à cette demande ? Découvrons ensemble les raisons possibles derrière cette décision et les actions à entreprendre pour protéger vos intérêts professionnels.
Les raisons pour lesquelles votre employeur peut (vraiment) vous demander de rester chez vous
Lorsqu’un employeur demande à son salarié de ne pas venir travailler, cette situation n’est jamais anodine. Elle peut révéler des motivations très différentes, chacune ayant des conséquences juridiques distinctes. Comprendre la raison réelle de cette demande est la première étape pour protéger vos droits.
La mise à pied conservatoire ou disciplinaire
L’employeur peut vous écarter temporairement de l’entreprise dans le cadre d’une mise à pied conservatoire (en attente d’une procédure de licenciement pour faute grave) ou d’une mise à pied disciplinaire (sanction temporaire). La mise à pied conservatoire suspend le contrat et la rémunération pendant sa durée, mais si le licenciement n’est finalement pas prononcé pour faute grave, les salaires doivent être rétroactivement versés (Cass. soc., 18 mars 2009, n° 07-44.185). La mise à pied disciplinaire est quant à elle limitée dans sa durée par le règlement intérieur ou la convention collective (article L.1332-2 du Code du travail).
La dispense d’activité pendant le préavis
Après notification d’un licenciement ou d’une démission, l’employeur peut vous dispenser d’exécuter votre préavis. Dans ce cas, il doit impérativement le formaliser par écrit et maintenir l’intégralité de votre rémunération jusqu’au terme du préavis (article L.1234-5 du Code du travail). Vous conservez tous vos droits : ancienneté, congés payés, et liberté de chercher un autre emploi. Si la dispense vient de l’employeur, votre salaire est dû. Si elle vient de vous, l’employeur peut refuser et exiger l’exécution du préavis.
L’activité partielle (chômage partiel)
En cas de difficultés économiques, de sinistre ou de circonstances exceptionnelles, l’employeur peut recourir à l’activité partielle (articles L.5122-1 et suivants du Code du travail). Il doit obtenir une autorisation préalable de la DREETS et consulter le CSE. Le salarié perçoit alors une indemnité d’activité partielle égale à 60% de sa rémunération brute (soit environ 72% du net), avec un minimum horaire. L’employeur ne peut pas unilatéralement décider de vous renvoyer chez vous pour raisons économiques sans activer ce dispositif.
La mise à l’écart informelle : le vrai piège
C’est la situation la plus dangereuse pour le salarié. L’employeur vous dit oralement de ne pas venir, sans formaliser quoi que ce soit. Cette pratique peut être assimilée à une fourniture insuffisante de travail, constitutive d’un manquement à l’obligation contractuelle de l’employeur. La Cour de cassation a jugé que l’employeur a l’obligation de fournir du travail au salarié et de le mettre en mesure d’exécuter sa prestation (Cass. soc., 3 mai 2012, n° 10-21.396). Ne pas fournir de travail pendant une période prolongée peut constituer un harcèlement moral par mise au placard (Cass. soc., 24 janvier 2006, n° 03-44.889).
Quels sont vos droits face à cette demande de ne pas travailler ?
Quelle que soit la raison invoquée par votre employeur, la loi vous protège. Le principe fondamental est simple : si vous êtes disponible pour travailler et que l’employeur vous empêche de le faire, votre salaire reste dû.

Le maintien de la rémunération : un droit fondamental
Le contrat de travail crée des obligations réciproques : le salarié met sa force de travail à disposition de l’employeur, et l’employeur verse un salaire en contrepartie (articles 1103 et 1194 du Code civil). Si l’employeur refuse la prestation de travail offerte par le salarié, il ne peut pas pour autant suspendre le salaire. La Cour de cassation est constante : « le salaire est dû dès lors que le salarié se tient à la disposition de l’employeur » (Cass. soc., 23 octobre 2001, n° 99-44.037).
Cette règle souffre peu d’exceptions. L’employeur ne peut suspendre le salaire que dans les cas prévus par la loi : mise à pied (conservatoire ou disciplinaire), grève, absence injustifiée du salarié, ou force majeure. En dehors de ces cas, toute retenue de salaire constitue un manquement grave de l’employeur à ses obligations contractuelles.
L’obligation de fournir du travail
Au-delà du salaire, l’employeur a l’obligation de fournir effectivement du travail correspondant à la qualification du salarié. Priver un salarié de toute activité — même en le payant — porte atteinte à sa dignité et à son droit à l’emploi. La jurisprudence qualifie cette pratique de « mise au placard » et la rattache au harcèlement moral (article L.1152-1 du Code du travail). L’employeur qui prive durablement un salarié de ses fonctions peut être condamné à des dommages-intérêts pour préjudice moral et professionnel.
Tableau récapitulatif : vos droits selon la situation
| Situation | Salaire maintenu ? | Formalisation requise | Recours principal |
|---|---|---|---|
| Dispense de préavis (employeur) | Oui, intégralement | Écrit obligatoire | Aucun (situation légale) |
| Activité partielle | Oui, ~72% du net | Autorisation DREETS + CSE | Contester si pas d’autorisation |
| Mise à pied conservatoire | Suspendu (rétroactif si pas de faute grave) | Notification écrite | Contester le licenciement |
| Mise à pied disciplinaire | Suspendu (durée limitée) | Procédure disciplinaire | Contester la sanction |
| Demande orale informelle | Oui, intégralement dû | Aucune (c’est le problème) | Mise en demeure + prud’hommes |
Les étapes à suivre pour protéger vos intérêts
Face à un employeur qui vous demande de ne pas venir travailler, la réaction doit être rapide, documentée et proportionnée. L’erreur la plus grave serait de rester chez vous sans rien faire, car votre passivité pourrait être retournée contre vous.
Étape 1 : Ne pas obéir aveuglément à un ordre oral
C’est le conseil le plus important. Si votre employeur vous dit verbalement de ne pas venir, ne vous contentez pas de cet ordre oral. Depuis la loi du 21 décembre 2022 sur la présomption de démission en cas d’abandon de poste, rester chez vous sans justificatif écrit de l’employeur vous expose au risque d’être considéré comme ayant abandonné votre poste. Demandez immédiatement une confirmation écrite (e-mail, courrier, SMS) précisant le motif de la dispense d’activité et le maintien de votre rémunération.
Étape 2 : Constituer un dossier de preuves
Conservez tous les éléments qui démontrent la situation : e-mails, SMS, témoignages de collègues ayant assisté à l’échange, captures d’écran de conversations. Si votre employeur refuse de confirmer par écrit, envoyez-lui un e-mail ou courrier récapitulatif : « Suite à notre échange du [date], vous m’avez demandé de ne pas me présenter au travail à compter du [date]. Je vous confirme me tenir à votre disposition pour reprendre mes fonctions et vous demande de bien vouloir confirmer par écrit le motif de cette dispense ainsi que le maintien de ma rémunération. » Ce courrier crée une preuve de votre bonne foi et de votre disponibilité.
Étape 3 : Envoyer une mise en demeure
Si la situation persiste sans réponse formelle, adressez une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception. Cette lettre doit rappeler l’obligation de l’employeur de fournir du travail (article 1194 du Code civil, Cass. soc. 3 mai 2012), exiger soit la reprise effective du travail, soit la confirmation écrite de la dispense avec maintien de salaire, et fixer un délai de réponse (généralement 8 à 15 jours). La mise en demeure constitue un préalable indispensable à toute action judiciaire.
Comment dénouer la situation en communiquant avec votre employeur ?
Avant d’envisager le contentieux, la communication reste le levier le plus efficace. Dans de nombreux cas, la situation résulte d’une maladresse ou d’un manque de formalisme plutôt que d’une volonté délibérée de nuire.
Demander un entretien formel
Sollicitez un rendez-vous avec votre supérieur hiérarchique et/ou le service RH pour clarifier la situation. Préparez cet entretien en listant vos questions : quel est le motif exact de la dispense ? Est-ce une mise à pied, une dispense de préavis, une mesure temporaire liée à l’activité ? Mon salaire est-il maintenu ? Si oui, sur quelle base juridique ? Quelle est la durée prévue ? Prenez des notes pendant l’entretien et envoyez un compte rendu par e-mail à l’issue de la réunion.
Alerter les représentants du personnel
Si votre entreprise dispose d’un CSE ou de délégués syndicaux, informez-les de votre situation. Les représentants du personnel disposent d’un droit d’alerte (article L.2312-59 du Code du travail) lorsqu’ils constatent une atteinte aux droits des personnes ou aux libertés individuelles. Leur intervention peut accélérer la résolution du problème et constitue une preuve supplémentaire de vos démarches de bonne foi.
Les recours possibles… si la situation persiste !
Lorsque la communication et la mise en demeure n’ont pas suffi à rétablir la situation, plusieurs voies de recours s’ouvrent à vous.
La prise d’acte de la rupture du contrat
Si les manquements de l’employeur sont suffisamment graves pour empêcher la poursuite du contrat de travail, vous pouvez prendre acte de la rupture aux torts de l’employeur. Cette procédure, encadrée par la jurisprudence (Cass. soc., 25 juin 2003, n° 01-42.335), produit les effets d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse si le juge estime les manquements justifiés, ou d’une démission dans le cas contraire. Le refus prolongé de fournir du travail constitue un manquement grave reconnu par la jurisprudence.
La résiliation judiciaire du contrat
Alternative à la prise d’acte, la résiliation judiciaire permet de saisir le Conseil de prud’hommes pour faire constater les manquements de l’employeur tout en continuant à travailler (ou à se tenir à disposition). Si le juge prononce la résiliation, elle produit les effets d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse. L’avantage est que vous ne prenez aucun risque : si le juge estime que les manquements ne sont pas suffisamment graves, votre contrat continue simplement.
Le rappel de salaire et les dommages-intérêts
Devant les prud’hommes, vous pouvez demander le rappel des salaires non versés (si l’employeur a cessé de vous payer), des dommages-intérêts pour exécution déloyale du contrat, et des dommages-intérêts pour préjudice moral si la situation a généré stress, anxiété ou atteinte à votre dignité. En cas de harcèlement moral avéré (mise au placard), les montants peuvent être significatifs. Le délai de prescription pour les rappels de salaire est de 3 ans (article L.3245-1 du Code du travail).
Restez vigilant… et informé !
Lorsque votre employeur vous demande de ne pas venir travailler, il est crucial de rester calme et d’agir de manière réfléchie. En connaissant vos droits, en documentant la situation et en communiquant de manière professionnelle, vous vous donnez les meilleures chances de résoudre le problème de manière satisfaisante.
N’oubliez pas que chaque situation est unique. Si vous avez des doutes ou des inquiétudes, n’hésitez pas à consulter un professionnel du droit du travail. Votre avenir professionnel est en jeu, et vous méritez d’être pleinement informé et protégé dans cette situation délicate.
Questions fréquentes
Mon employeur me dit de ne pas venir mais continue de me payer : ai-je quand même un recours ?
Oui. Même si votre salaire est maintenu, le fait de ne pas vous fournir de travail constitue un manquement à l’obligation contractuelle de l’employeur. Vous pouvez subir un préjudice professionnel (perte de compétences, isolement, impact sur votre carrière) et un préjudice moral. La Cour de cassation reconnaît que la privation de travail porte atteinte à la dignité du salarié, même en cas de maintien de rémunération.
Puis-je être considéré en abandon de poste si je reste chez moi sur demande orale de mon employeur ?
C’est le risque principal. Depuis la loi du 21 décembre 2022, l’abandon de poste peut entraîner une présomption de démission, vous privant de vos droits au chômage. C’est pourquoi il est crucial d’obtenir un écrit de votre employeur confirmant sa demande. À défaut, envoyez-lui un e-mail récapitulant la situation pour prouver que c’est bien lui qui vous a demandé de ne pas venir.
Mon employeur peut-il me mettre en activité partielle sans mon accord ?
L’activité partielle ne nécessite pas l’accord individuel de chaque salarié, mais l’employeur doit obtenir l’autorisation de la DREETS et consulter le CSE. Si votre employeur vous renvoie chez vous en invoquant des raisons économiques sans avoir activé le dispositif d’activité partielle, il doit maintenir votre salaire intégral. Vous pouvez contester cette situation devant les prud’hommes.
Combien de temps mon employeur peut-il me laisser sans travail avant que je puisse agir ?
La loi ne fixe pas de durée minimale. En pratique, les tribunaux considèrent qu’une privation de travail de quelques jours sans motif légitime justifie déjà l’envoi d’une mise en demeure. Au-delà de quelques semaines, la situation peut caractériser un manquement grave permettant la prise d’acte ou la résiliation judiciaire. Plus vous attendez sans réagir, plus votre passivité pourra être interprétée comme une acceptation tacite.
Mon employeur invoque un manque de travail : peut-il simplement me renvoyer chez moi ?
Non. Le manque de travail relève du risque entrepreneurial que l’employeur assume. Il ne peut pas reporter ce risque sur le salarié en le privant de rémunération. S’il y a réellement une baisse d’activité, il doit recourir aux dispositifs légaux : activité partielle (avec autorisation DREETS), modification du planning dans le respect du contrat, ou licenciement économique si la situation est durable. Vous renvoyer chez vous sans salaire est illégal.


Je suis en maladie jusqu au 6 janvier et mon patron me demande de ne pas me présenter le sept qu’il me licencie seulement il ne me fait aucun papier et je ne pourrais pas aller m’inscrire qu’est-ce que j’ai comme recours