La séparation est actée, l’un des deux quitte le logement, l’autre reste. Sur le papier pourtant, les deux noms figurent toujours sur le bail. Tant que la situation n’est pas régularisée, celui qui part reste juridiquement responsable du loyer et des charges, parfois pendant des années. La désolidarisation est la procédure qui permet de sortir du contrat de location. Voici comment l’engager, avec un modèle de lettre adapté.
À quoi sert la désolidarisation du bail
Quand deux personnes signent ensemble un bail, elles deviennent cotitulaires et solidaires. Cette solidarité signifie que le bailleur peut réclamer la totalité du loyer à n’importe lequel des signataires, sans avoir à répartir les sommes. Si l’un ne paie pas, l’autre paie pour les deux.
Le départ physique du logement ne suffit pas à mettre fin à cette responsabilité. Tant que votre nom figure sur le bail, vous restez engagé vis-à-vis du propriétaire, même si vous avez rendu les clés à votre ex-conjoint ou ex-concubin. C’est précisément ce que la désolidarisation vient résoudre.
La procédure permet de retirer un nom du bail tout en maintenant la location au profit de celui qui reste. Le contrat continue avec un seul titulaire, et celui qui part est officiellement libéré de ses obligations à compter d’une date précise.
Conditions selon le statut du couple
Les règles varient sensiblement selon que vous êtes mariés, pacsés ou simples concubins. Le Code civil et la loi de 1989 sur les rapports locatifs ne traitent pas ces situations à l’identique.
Pour un couple marié, l’article 1751 du Code civil prévoit la cotitularité automatique du bail, même si un seul des époux a signé. La désolidarisation suit alors la procédure de séparation ou de divorce, et le juge peut attribuer le bail à l’un des époux. Pour les couples pacsés, la cotitularité existe aussi mais doit être demandée conjointement au bailleur. Pour les concubins, seul celui qui a signé est titulaire, l’autre n’a aucun droit sur le bail.
Les délais de prise d’effet diffèrent également :
- Logement vide loué à un couple marié : 6 mois après notification au bailleur
- Logement meublé loué à un couple marié : 3 mois après notification
- Couple pacsé : 3 ou 6 mois selon le type de bail, sur accord du bailleur
- Concubins cotitulaires : préavis classique de 1 à 3 mois
- Procédure de divorce : à la date fixée par le juge dans l’ordonnance
Pendant le délai de préavis, la solidarité continue de jouer. Si le loyer n’est pas payé pendant cette période, vous restez tenu d’y participer.
Comment rédiger la lettre de désolidarisation
La lettre doit être envoyée en recommandé avec accusé de réception au bailleur ou à l’agence qui gère le bien. La date de présentation du courrier fait courir le délai de préavis, c’est donc un point à ne pas négliger.
Plusieurs mentions obligatoires doivent y figurer pour que la démarche soit juridiquement valide. L’absence de l’une d’elles peut conduire le bailleur à contester la désolidarisation et à continuer de vous réclamer les loyers.

Voici un modèle adaptable à votre situation :
| Élément | Contenu |
|---|---|
| Expéditeur | Nom, prénom et adresse actuelle du signataire qui quitte le logement |
| Destinataire | Nom et adresse du bailleur ou de l’agence |
| Objet | Demande de désolidarisation du bail signé le [date] |
| Corps | Référence au bail, adresse du logement, motif (séparation), date souhaitée de prise d’effet |
| Pièces jointes | Copie du bail, justificatif de séparation si disponible, nouvelle adresse |
Exemple de formulation pour le corps de la lettre : « Suite à notre séparation effective au [date], je vous informe par la présente de ma volonté de me désolidariser du bail signé conjointement le [date] avec [nom du cotitulaire] pour le logement situé [adresse]. Conformément aux dispositions applicables, je vous prie de bien vouloir prendre acte de cette désolidarisation à compter du [date souhaitée]. »
Ce que la désolidarisation ne règle pas
Sortir du bail ne signifie pas tout solder. Plusieurs obligations peuvent subsister après la prise d’effet de la désolidarisation, et il vaut mieux les anticiper plutôt que les découvrir des mois plus tard.
Le dépôt de garantie, par exemple, ne vous est généralement pas restitué tant que le bail continue avec votre ex-conjoint. Il sera versé en fin de location, à celui qui occupe encore les lieux à la sortie. Sauf accord amiable, vous devrez régler cette question directement avec votre ex-cotitulaire, idéalement par écrit.
Les éventuels impayés antérieurs à la désolidarisation restent à votre charge solidairement avec votre ex-cotitulaire. Le bailleur peut vous les réclamer pendant trois ans à compter de leur exigibilité. De même, les dégradations constatées à l’état des lieux de sortie, si elles datent de la période de cotitularité, peuvent vous être imputées partiellement. Dans les situations conflictuelles, se faire accompagner par un avocat permet de sécuriser la démarche et d’éviter qu’une dette locative ne ressurgisse plusieurs années après le départ.
Cet article présente les règles générales en vigueur en 2026. Pour une situation impliquant une procédure de divorce, une garantie de loyer activée ou un litige avec le bailleur, l’avis d’un professionnel du droit reste indispensable avant tout envoi de courrier.

