Vous avez un projet d’activité complémentaire, mais une phrase dans votre contrat vous freine : « le salarié s’engage à consacrer l’exclusivité de son activité professionnelle à l’employeur. » Cette clause, souvent glissée discrètement dans les contrats, peut bloquer la création d’une micro-entreprise. Voici comment elle fonctionne et ce que vous pouvez faire.
Clause d’exclusivité dans un contrat de travail : ce qu’elle interdit exactement
La clause d’exclusivité oblige le salarié à travailler uniquement pour son employeur, sans exercer aucune autre activité professionnelle à titre personnel ou pour un tiers. Elle est valable pendant toute la durée du contrat de travail. Si vous êtes concerné par cette clause et que vous créez une micro-entreprise sans autorisation, vous prenez le risque d’un licenciement pour faute grave ou faute lourde.
Cette clause n’est cependant pas absolue. Selon le Code du travail, elle ne peut pas être imposée à un salarié embauché à temps partiel : dans ce cas, l’employeur ne peut pas légalement empêcher le salarié d’exercer une activité annexe, même concurrente. Pour les salariés à temps plein, la clause reste opposable, sauf si elle est disproportionnée au regard des intérêts légitimes de l’entreprise.
Il faut également distinguer clause d’exclusivité et clause de non-concurrence. La première s’applique pendant l’exécution du contrat ; la seconde peut jouer après la rupture du contrat, et n’a pas forcément la même portée géographique ou sectorielle. Deux clauses, deux régimes, deux conséquences.
Peut-on demander une dérogation à son employeur ?
Oui, et c’est souvent la voie la plus simple. Un salarié soumis à une clause d’exclusivité peut demander à son employeur une dérogation écrite pour exercer une activité annexe. L’employeur reste libre d’accepter ou de refuser, sans avoir à se justifier. Si la réponse est positive, il vaut mieux que l’accord soit formalisé par un avenant au contrat ou, a minima, par un échange écrit signé des deux parties.
Dans la pratique, les employeurs acceptent assez souvent ces demandes lorsque l’activité envisagée n’entre pas du tout en concurrence avec leur secteur. Un développeur web qui ouvre une micro-entreprise pour donner des cours de guitare, par exemple, ne représente aucun risque pour son employeur. La nature de votre projet entrepreneurial est donc un argument à mettre en avant dans votre demande.
Quelques points à anticiper avant de formuler cette demande :
- Précisez par écrit la nature de l’activité envisagée et son secteur.
- Indiquez que l’activité sera exercée exclusivement en dehors des heures de travail salarié.
- Confirmez qu’aucun moyen, matériel ou contact de l’entreprise ne sera utilisé à des fins personnelles.
- Précisez si l’activité génèrera un chiffre d’affaires significatif ou resterait purement accessoire dans un premier temps.
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Clause d’exclusivité absente : êtes-vous vraiment libre d’agir ?
L’absence de clause d’exclusivité dans votre contrat ne signifie pas que vous pouvez tout faire. Le devoir de loyauté du salarié envers son employeur existe de plein droit, même sans texte écrit. Il implique une obligation de confidentialité, de fidélité et de non-concurrence implicite. En clair : même sans clause formelle, créer une entreprise qui concurrence directement votre employeur peut conduire à un licenciement.
La convention collective applicable à votre secteur peut également prévoir des restrictions qui ne figurent pas dans votre contrat individuel. Il est donc recommandé de vérifier les deux documents avant de créer votre micro-entreprise : le contrat de travail et la convention collective de votre branche.
En résumé, l’absence de clause d’exclusivité est une condition nécessaire mais pas suffisante pour cumuler sereinement les deux statuts. Le respect du devoir de loyauté et la vérification de la convention collective constituent des étapes incontournables. Si un doute persiste, consulter un avocat spécialisé en droit du travail reste la solution la plus sûre avant de déposer votre dossier d’immatriculation.

